jeudi 21 juin 2012

NATHALIE HENNEBERG ET LES MYTHOLOGIES : HECATE

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UN ROMAN FANTASTIQUE INÉDIT DE NATHALIE HENNEBERG

HÉCATE 


(avec la collaboration posthume de DIDIER REBOUSSIN et CYRIL CARAU) 
 
 
   Parmi les œuvres fantastiques restées inédites de Nathalie Henneberg figure un roman qui prend ses racines à la fois dans l'un des chapitres du Matin des Magiciens de Jacques Bergier et Louis Pauwels (1960) et surtout dans un roman d'anticipation de l'américain Edward Bulwer Lytton (1803-1876), La Race à Venir (The Coming Race, 1871), publié chez Marabout en 1973 et réédité chez NéO en 1987. Edward Bulwer Lytton est surtout connu en France pour son roman Les Derniers Jours de Pompeï. C'est cependant l'ingénieur allemand, Willy Ley, recyclé aux Etats-Unis en 1933, qui parle sérieusement du Vril dans l'un de ses articles. Il est connu en France pour une dizaine d'ouvrages de vulgarisation scientifique dont notamment La Conquête de l'Espace (Robert Laffont, 1952) (1). C'est en 1947, et après l'épopée romanesque de Bulwer Lytton, qu'il explique dans un article racontant l'existence d'un groupe créé pendant la guerre en Allemagne et qu'il aurait été fondé à Berlin pour se consacrer à la recherche du Vril, une arme extrêmement puissante d'origine extra-terrestre basée sur une force primordiale cosmique.
    Influencée par les idées et les écrits de Jacques Bergier, Nathalie Henneberg imagine dans le début de son grand roman fantastique qu'un militaire de haut-rang dont les ancêtres sont descendants de protestants français chassés sans doute par les dragonnades de Louis XIV, Hugo de Montaigle, reçoit des ordres de la part de cette société (Hitler y apparaît masqué) pour se rendre dans le Caucase à la tête d'une mission renforcée (et ahurissante) et en ramener l'arme foudroyante qu'est le Vril destiné à assurer la victoire du Reich. On sent que Montaigle a un coup d’œil sceptique sur la société en question. Il lui est adjoint un professeur nazi, Wolfram Moeller, pour l'aider dans ses recherches. La mission a pour point de départ l'aérodrome de Palmyre ou encore Tad'more, en Syrie, aux mains des forces loyalistes françaises de Vichy et assiégé par l'aviation de la RAF. Nathalie a vécu pendant de longues journées ce terrible siège qui était relatée longuement par la presse aux bottes du Maréchal et elle en parle dans plusieurs de ses œuvres.
   Ce superbe roman est une longue course poursuite confinant au cauchemar, à travers le désert syrien vers l'Irak entre une petite troupe de déserteurs de la Légion de Palmyre et la puissante colonne allemande qui veut les rejoindre parce qu'ils sont guidés par une jeune femme qui déchiffre pour eux les parchemins antiques qui mènent à cette civilisation du Caucase. Dans sa nouvelle Exilées, une de ses plus belles, Nathalie Henneberg fait atteindre dans le passé le Caucase à son héros Attal le Thébain, un ancien compagnon d'Alexandre pour rejoindre le peuple des Amazones qui y vivent. Nathalie se servant de ce récit presque mythique imagine que le Caucase renferme cette civilisation dangereuse et puissamment armée. Dès lors le combat va se livrer sous les auspices d'Hécate, la déesse de la lune noire et de la mort, et se terminer dans un épouvantable conflit à travers l'espace et le temps sur des thèmes chers à son cœur. Les derniers chapitres ont été achevés par des fidèles de l'auteur et se concluent avec la chute de Stalingrad.
    Un grand roman inédit que le temps et la maladie ont empêché Nathalie Henneberg de mener à bon port. Son héroïne tient beaucoup d'elle et comme elle, elle était destinée à devenir archéologue et comme elle, elle  avait des problèmes importants avec sa mère. Comme elle, elle était aussi poète. Didier Reboussin, un fidèle de la première heure et Cyril Carau ont réussi la gageure de trouver une fin historique à ce terrible drame.
    Ce roman est disponible chez l'éditeur SOMBRES RETS, 181, Bd Chave, 13005 Marseille http://sombres-rets.fr/parution-de-hecate-de-nathalie-henneberg .
Charles Moreau 
(1) Willy Ley est aussi connu pour ses articles parfois assez fantaisistes dans la revue de l'ancien GALAXIE (1953-1959) qui donnait à rêver aux adolescents par ses récits d'anticipation. L'un de ses livres a été écrit en collaboration avec un autre scientifique allemand, pionnier de l'astronautique, Wernher Von Braun (La conquête de la Lune, 1961).
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mercredi 13 juin 2012

FASSBINDER ET LA SF : SIMULACRON 3

     Sans crier gare, la chaîne ARTE dans le cadre d'un Honneur à RAINER WERNER FASSBINDER allant du 8 au 25 juin 2012 nous a donné un téléfilm de S-F avec Le Monde sur le fil (1973) tiré d'un roman d'anticipation  du journaliste américain Daniel Francis Galouye (1920-1976, né et mort à La Nouvelle Orléans) intitulé SIMULACRON 3 (1963), publié pour la première fois en France dans la collection GALAXIE-BIS (Opta, 1968). Plus tard, grâce aux bons soins de Jacques Sadoul, la collection J'ai Lu devait reprendre ce roman sous le même titre,  en 1977. Ce téléfilm en noir et blanc a été diffusé restauré et  sous-titré en deux parties d'une durée de 3 heures, vendredi 8 juin 2012. C'est un vrai régal, inquiétant à souhait et l'on peut se demander si Galouye n'a pas été influencé par Philip K. Dick.
     Peu connu en France, Galouye est passé comme un météore : à bien des égards,  il véhicule dans ses romans le même genre de  paranoïa que Dick. On a de lui traduits dans notre langue : Le Monde Aveugle (Denoel, PDF, 1963), Les Seigneurs des Sphères (Denoël, PDF, 1965), L'Homme Infini,  (Opta, Anti-Mondes, en 1975) et Le Temps du Grand Cri (Opta,1982).


    En 1970, Daniel F. Galouye était présent à la convention internationale de HEIDELBERG et jouissait déjà d'un grand prestige. Dick en était le grand absent, injustement méconnu aux Etats-Unis. Ajoutons qu'une  seconde version de Simulacron 3  a été produite aux USA en 1999, sous le titre The Thirteenth Floor (Passé Virtuel chez nous  avec pour  acteur principal Craig Bierko).

samedi 9 août 2008

PAUL KENNY ET CHARLES NOEL MARTIN

Casse-tête pour Coplan (n°465, 1965) a une particularité, il se déroule en totalité dans un seul pays, l’Inde. L’agent secret se rend à New Delhi pour rencontrer un correspondant local qui doit lui remettre des microfilms. Progressivement Coplan se rend compte que James Chancer est en mauvaise santé, puis après avoir longuement discuté avec l’agent, il finit par comprendre que celui-ci a été contaminé par une source d’énergie atomique et lui donne l’ordre de partir immédiatement pour Paris où l’on pourra traiter son cas. Coplan propose à Chancer de le remplacer pendant le temps nécessaire où il sera soigné. En allant à l’aéroport, les deux hommes sont poursuivis par trois malfrats dont Coplan réussit à se débarrasser. Dès lors il s’efforcera de retrouver par quel moyen mystérieux Chancer a été contaminé et pour quelles raisons. Convoqué par la police, Coplan s’y rend et retrouve une vieille connaissance l’ex-capitaine Kattenhorst de l’armée allemande qui travaille à la solde de l’Inde et dont la position permettra à Coplan de stopper un effarant complot où il n’est rien moins question que de faire exploser un missile atomique sur New Delhi. Ce qui amènerait une guerre entre l’Inde et la Chine. Coplan découvrira comment on a empoisonné Chancer grâce à une méthode moderne mais digne des Borgia et neutralisera les têtes pensantes du complot hostiles à la France.

Ce roman est dédié par PAUL KENNY à « CHARLES NOEL MARTIN dont la compétence en Physique nucléaire et l’inépuisable bienveillance ont grandement facilité la construction de ce récit… Avec toute mon amitié ». Ajoutons, enfin, concernant CHARLES NOEL MARTIN qu’il a laissé un ouvrage inédit : Mémoires d’un Atomiste, écrit vers 1988 et qui explique ses positions courageuses et risquées sur l’atome, positions qui firent du bruit à leur époque (1955-1960), assez pour l’inquiéter et obtenir la protection du général De Gaulle ; cet ouvrage devrait intéresser les éditeurs avisés. De plus, il avait traduit, outre les romans d’Edgar Rice Burroughs (Albin Michel), des romans de Sir HENRY RIDER HAGGARD qui n’ont jamais été publiés et notamment une trilogie consacrée à ALLAN QUATERMAIN qui reste inédite en France ainsi que Le Trésor du Lac quatrième et dernier volet de la série consacrée aux Aztèques (La Fille de Montezuma), aux Incas (La Servante du Soleil) et aux Mayas (Cœur du Monde).

CHARLES MOREAU

COPLAN ET LA FUITE DES CERVEAUX

Ce Complot pour demain (n°629, 1967) commence à Santiago du Chili où l’on voit un trio de jeunes gens menacer à demeure un docteur qui poursuit des recherches dans le domaine des techniques anticonceptionnelles pour lui extorquer sa méthode. Puis il se poursuit en France avec un viol collectif mais la victime n’est pas aussi hostile que ses assaillants peuvent le croire : en fait c’est un piège qu’on leur a préparé. Partant de là et après le vol d’un document confidentiel dans le local syndical d’une entreprise, on découvre que l’enquête de l’agent FX 18 va le mener via son supérieur, directeur du S.D.E.C.E., sur la piste d’un marchand de cerveaux suspect, Larry Evans. Le Vieux veut savoir s’il est en cheville ou non avec les services de Washington pour recruter de jeunes et brillants chercheurs français prêts à partir pour l’étranger. Donc voici COPLAN en route pour la superbe Majorque (ça c’est le côté exotique avec de belles filles) où doit se dérouler le dénouement partiel de cette affaire lorsque Larry Evans en pleine activité va être assassiné sous ses yeux et avant même qu’il ait pu faire quoique ce soit. De retour en France où le mystère sera résolu, Coplan découvrira une organisation mondiale très puissante travaillant pour l’avenir, par-dessus les nations, ce qui était très utopique pour l’époque. Mais enfin, à la veille de mai 1968, on peut penser que PAUL KENNY avait le droit d’envisager ce genre de perspective pour notre avenir. A l’heure, où l’on voit notre pays tenter de s’emparer des cerveaux de la jeune Afrique en leur promettant de les renvoyer dans leurs pays respectifs après un certain temps passé en France, on peut être sceptique sur l’aboutissement de ce complot et sur l’optimisme de PAUL KENNY.

CHARLES MOREAU

jeudi 31 juillet 2008

Jacques Bergier et la bande dessinée

Jacques Bergier et la bande dessinée

QUAND COPLAN RENCONTRE BERGIER...


Dessin original de J.C. Claeys pour Jacques Bergier Résistant et scribe des miracles.

Beaucoup d’affaires de COPLAN sont en relation avec les secrets de l’énergie atomique dans le début des années 60. Afin d’éclaircir l’authenticité de documents qui ont échoué entre les mains de l’Agent FX 18, PAUL KENNY lui fait rencontrer l’honorable scientifique qu’est JACQUES BERGIER (Indicatif FX 18, n°381, 1963). Je ne résiste pas à vous communiquer le texte de la rencontre (P. 182). On y verra comment l’auteur imagine cette consultation entre un personnage fictif et un personnage réel et comment il s’implique lui-même dans les lieux pour expliquer comment il connaît le restaurant en question…

« Le lendemain, à 13 heures, Coplan et Jacques Bergier se rencontraient au restaurant RUC du Palais Royal.

Bergier, sa serviette sous le bras, ressemblait plus que jamais au célèbre professeur Tournesol si bien imaginé par Hergé.

- Je vous croyais au Pérou, dit-il en serrant la main de Francis et en examinant celui-ci de ses yeux vifs et mobiles derrière ses lunettes. C’est notre ami Kenny qui m’a raconté cela, nous avons déjeuné ensemble, ici-même, il y a une quinzaine de jours.

- C’était peut-être vrai à l’époque, répondit Coplan, souriant. Heureusement, je ne me trouve jamais à l’endroit où je suis censé me trouver… Voyons d’abord le menu…

Bergier, supersonique en toute chose, fixa son choix en moins de quatre secondes. Le maître-d’hôtel eut quelques peines à le suivre. Coplan pesa plus longuement la composition de son repas.

Après le départ du maître-d’hôtel, Coplan demanda à son ami :

- Quelle est actuellement la principale de vos deux mille activités simultanées ?

- Je m'occupe d'une encyclopédie... Vaste, passionnante !

- Excellent terrain de manœuvre pour votre cerveau planétaire !... A propos, merci d’avoir accepté si promptement mon invitation. Elle n’est pas désintéressée, vous vous en doutez ?

- Je l’espère bien. J’ai horreur de perdre mon temps. De quoi s’agit-il ?

- Je me trouve devant un problème que je n’avais pas encore rencontré au cours de ma carrière… Un quidam désire vendre des informations scientifiques à la France, mais j’ignore si l’offre est sérieuse et, de plus, je ne connais pas l’adresse de mon vendeur. C’est un Anglais, il s’appelle Steve Johnson, mais ce sont là des indications non contrôlées.

Coplan extirpa de sa poche les épreuves 18 X 24 qu’il avait plié en deux pour les transporter plus facilement.

- Voici les agrandissements de quatre micro-fiches que le vendeur nous propose.

Jacques Bergier ajusta ses lunettes, parcourut les photos à la vitesse d’une tête liseuse électronique.

- Bien … très bon … très bon … mais ce n’est qu’une amorce… une amorce qui indique des renseignements ultérieurs … Oui, une amorce très intéressante… Trois ou quatre années de tâtonnement à gagner, des milliards d’économies…

Il leva ses yeux vers Francis :

- Vous n’avez pas la suite ?

- Non.

- Dommage… oui, dommage… Ceci, c’est un fragment dont la totalité nous donnerait la composition des barrières des diffuseurs utilisés dans les usines de séparation isotopiques. C’est formidable mais incomplet également : système de fixation des barrières à l’intérieur des diffuseurs… Oui… Oui… voici des équations relatives à la vitesse de diffusion…

Il regarda une dernière fois les quatre agrandissements, les regroupa, les plia pour les restituer à Coplan.

- C’est très valable, conclut-il. Et si vous êtes en mesure d’obtenir la suite, cela vaut des fortunes… Vous n’avez pas montré cela au ministre de la Recherche Scientifique ?

- Non. Personne encore n’a vu ces clichés en France.

- Votre vendeur a dû piquer ces renseignements aux Etats-Unis. Ce sont des informations qui font partie des secrets atomiques que Washington refuse de nous communiquer en vertu de la loi Mac Mahon. A votre place, Coplan, je ne raterais pas l’occasion.

- Merci, mon cher Jacques, murmura Francis, mi-figue, mi-raisin. Je ne demande qu’à suivre votre conseil. Malheureusement, comme j’ignore l’adresse de ce Steve Johnson, je ne suis nulle part… A propos, vous qui savez tout ou presque tout, ce nom ne vous dit rien, par hasard ?

- Si, ça me dit quelque chose, Steve Johnson est le nom d’un personnage de science-fiction… C’est un roman américain des années 50-51… C’est l’histoire d’un savant qui a fait naufrage et qui enferme ses secrets dans une bouteille qu’il jette à la mer… En réalité, vous trouverez au moins dix mille Steve Johnson en Grande-Bretagne, sans compter ceux du Commonwealth… »

On le voit les idées de Jacques Bergier à cette époque n’étaient pas très favorables aux Américains et encore moins aux Russes ; les américains refusaient la communication des secrets atomiques à la France et les Russes les suivaient sur ce plan-là. Au demeurant, peu de temps après l’assassinat de John F. Kennedy (1963), de Gaulle demanda aux Forces de l’OTAN de se retirer de France (1966). Enfin sachez que grâce à l’étourdissant savoir faire de Coplan, ces secrets atomiques seront finalement obtenus par notre pays et que les mystères de Berne seront résolus grâce à un allié inattendu.



CHARLES MOREAU



mardi 29 juillet 2008

JACQUES BERGIER ET LA REVUE "ESPIONNAGE"

Dans mon livre, Jacques Bergier résistant et scribe des miracles (Mnh/Anthropos, 2002), j’écrivais : « Jacques Bergier s’était rendu compte qu’une littérature avait un énorme public qui n’était pas celui de la revue (PLANETE) : celle des récits d’espionnage dont près de 100 millions de livres avaient été vendus rien qu’aux Editions FLEUVE NOIR entre 1955 et 1965. Jacques Bergier pensait que la désaffection des Français envers les journaux, qui leur avaient menti lors des désastres de l’armée française en 1940, les portaient à lire des romans d’espionnage dont les histoires étaient, croyaient-ils, véridiques et faisaient état des véritables dessous de la guerre. Il introduisit donc de tels récits dans la revue (PLANETE) dont il était persuadé qu’elle pouvait être ainsi sauvée… » Plus loin, j’ajoute : « En juillet (1970), les Editions OPTA, qui semblaient lui avoir accordé une oreille plus attentive que les Editions RETZ lançaient la revue ESPIONNAGE. Entreprise surprenante à première vue si l’on songe qu’il n’y en avait jamais eu avant et qu’il n’y en eu plus après mais qui montrait que Jacques Bergier avait de la suite dans les idées : « Certains pensent que l’espionnage est un monde à part, lointain et sans rapport avec notre vie quotidienne. Or, nous sommes sans le savoir l’enjeu permanent de la guerre subversive… » Il reprendra d’ailleurs cette phrase en tête de la revue où il développe cette idée de la constante de la présence de ce combat. On le voit le manifeste est toujours d’actualité surtout depuis le développement du terrorisme et l’on comprend qu’il ait tenu à cœur à l’auteur …

Si l’on admet que les succès du FLEUVE NOIR ont fasciné Jacques Bergier face à la déroute de PLANETE, on peut comprendre l’entreprise mais il faut ajouter que le père du réalisme fantastique était déjà lui-même un espion…avant-guerre et qu’il s’était décidé à partir dans le midi pour continuer sa résistance contre les Allemands.

A son retour des camps, auréolé de nombreuses décorations attribuées par les anglais, les américains et les polonais, il sera placé par le général DE GAULLE à la tête des services d’espionnage extérieurs pour les réorganiser. En 1950, il quitta la D.G.E.R. après avoir fait ce qu’il fallait. Il reprenait ainsi sa liberté. Il dira sur la fin du nazisme au procès de Nuremberg auquel il avait assisté : « … L’hitlérisme n’avait pas seulement été un mouvement politique, mais d’abord et surtout une religion ; l’espionnage était socialement plus important que ce que j’avais cru et ses réseaux constituaient l’approche d’un nouveau type de gouvernement, la cryptocratie, destinée dans l’avenir à remplacer aussi bien le capitalisme que le communisme. Plus tard quand je me suis mis à écrire, j’ai développé à fonds ces idées, qui sont maintenant généralement acquises… »

La revue ESPIONNAGE avait donc à sa tête Jacques Bergier, directeur et rédacteur en chef entouré de trois amis : Pierre Nord, Gabriel Véraldi et Georges Lagelaan, tous trois bien connus pour leurs divers écrits. Divisée en trois parties, elle comprenait des études et commentaires faits par de spécialistes, des nouvelles et enfin une partie critique concernant les livres et les films. Le programme était séduisant mais contrairement à ce que pensait son créateur la revue n’alla pas très loin malgré un remaniement qui fut annoncé au numéro 9. Avec ce numéro, la signature de Jacques Bergier disparut (il fut remplacé par Daniel Domange) et la revue elle-même disparut à son tour quelques semaines plus tard avec son numéro 15, après avoir annoncé dans son numéro 14, la mort de son directeur Daniel Domange.

Jacques Bergier s’était-il fourvoyé ? En fait, je crois que ce qui plaisait beaucoup aux lecteurs, c’étaient les aventures vécues par les espions dans des cadres exotiques et il aurait mieux valu publier pour amorcer la revue uniquement des récits d’auteurs connus sans appareil critique ni historique. Bref, il y avait un public mais il n’était pas le bon. Ajoutez à cela, que la vogue d’écrivains tels que John LE CARRE et Len DEIGHTON qui succédaient à Ian FLEMING (le père de James Bond) et qui jetaient un œil critique sur l’intérieur de la maison et sa psychologie se précisait de plus en plus et vous aurez une explication de l’échec du magicien. Il n’en reste pas moins qu’avec ses livres de dénonciation sur l’horreur du nazisme et ses Admirations, ses livres d’espionnage sont ceux qui auront le plus de chance de passer à la postérité car ils expliquent avec une dureté et une précision historique tout notre monde actuel. Il serait bon de les rééditer, à l’heure du 30e anniversaire de sa mort, avec des appareils conséquents faits par des historiens et des spécialistes du renseignement. On y découvrirait certainement des choses surprenantes !!!

CHARLES MOREAU