Dahlia/Val d’Ore
13260 Cassis,
29 Mars 1977
Madame Nathalie Henneberg,
15 boulevard des Invalides,
75007 Paris.
Chère Madame et Amie,
J’ai fini de lire votre manuscrit, LES CINQ DANSES DE NITOCRIS. Inutile de vous dire tous le plaisir que j’y ai pris. J’ai pris le temps qu’il fallait. Selon mon habitude que vous connaissez bien, je l’ai lu le crayon à la main en notant mes observations et mes remarques au passage. J’en suis sorti éberlué.
Comment vous dire alors ce j’en pense, honnêtement ? Je suis bien embarrassé. J’ai eu un peu l’impression d’être comme ce vieux critique d’art qui disait devant moi à un peintre de mes amis, Gen Paul, pour ne pas le nommer : « C’est mal foutu, mais que c’est beau ! Au fond, c’était une manière d’hommage rendu à un talent « différent ».
C’est à peu près ce que je vous disais au temps lointain où je publiais
Bien sûr, on retrouve le style Henneberg, inimitable, dans son « baroquisme », mais ce n’est pas, pour moi de
Toutes mes amitiés
PS. – Manque la page 246 dans le manuscrit.
(*) Lire Christian Bourgois, l’éditeur mort récemment.
(Le premier roman de Nathalie Henneberg, sous le
pseudonyme de Dominique Hennemont faussement attribué à son mari, 1952)
Une carte jointe à la lettre et tenant par un trombone indique pour Jacques Bergier :
« Ci-joint le manuscrit que j’ai reçu de Madame Henneberg : Les Cinq Danses de Nitocris. Avec la copie de la lettre que je lui envoie. Jetez-y un coup d’œil et après, si vous êtes d’accord avec moi, passez-le manuscrit pour qu’elle le rende à Anne Lenclud (Agent de N. Henneberg, CM). J’ai encore un manuscrit que je viens de recevoir de David Maine (Pierre Barbet, CM)). Je vous l’adresserai dès que je l’aurai lu. Et je me mettrai (enfin) sérieusement au travail sur mes Anciens Astronautes. A bientôt par lettre. Avec mes amitiés ».
Cette lettre de refus est adressée à Nathalie Henneberg le 29 mars 1977. Nathalie Henneberg mourra le 24 juin 1977 à l’Hôpital Tenon, moins de trois mois après. Dans une correspondance du 19 avril 1989, avec Anne Lenclud qui dirigeait l’Agence Littéraire (derrière l’Agence Maurice Renault), elle m’indiquait les dates de rentrée des manuscrits de Nathalie Henneberg que Maurice Renault et elle-même avait reçus. Parmi les titres cités, deux ont retenu mon attention :
- 31 mai 1967 - Ce sont les Cosmonautes
- 06 avril 1976 - Le Khéroub des Etoiles (dernier manuscrit reçu).
Donc Les Cinq Danses de Nitocris dont parle Georges H. Gallet l’ancien directeur littéraire du Rayon Fantastique (Hachette-Galimard) et des collections Science Fiction et Super Fiction (Albin Michel) dans sa lettre de refus à Nathalie Henneberg a été écrit et terminé quelques mois avant le renvoi du manuscrit par lui-même à Jacques Bergier. C’est donc le dernier roman de Nathalie Henneberg. Jacques Bergier a aussi conservé le manuscrit car s’il l’avait transmis comme le lui demandait Georges H. Gallet dans sa carte-lettre, Anne Lenclud l’aurait enregistré. Maintenant reste la possibilité qu’il l’ait porté à son amie mourante, ce dont je doute.
(Nathalie Henneberg sans doute fin des années 1930/début des années 1940...)
La copie de la lettre du 29 mars 1977 et le carton adressés à Jacques Bergier ont été retrouvé dans les Archives de ce dernier à
(Tout le monde, jury, éditeur et auteur, a signé pour le Grand Prix du Roman d'Anticipation Scientifique 1954, y compris Charles Henneberg, qui n'a pourtant pas écrit lui-même son livre, en bas à droite verticalement...)
La lettre de refus de Georges H. Gallet amène plusieurs réflexions. A l’époque où il publiait ses romans chez Albin Michel (Le Mur de
En fait ce que ne digérait pas Georges H. Gallet, c’était la publication de romans et de nouvelles dans d’autres collections comme Le Masque, dirigé par Jacques Van Herp ou comme chez Christian Bourgois.
La lettre de Georges H. Gallet apporte aussi un démenti à ceux qui croient toujours que son mari écrivait,
A noter aussi et c’était un petit truc de Nathalie Henneberg pour savoir si son manuscrit avait bien été lu, l’absence de la page 246 comme s’en est aperçu Gallet qui bien sûr n’était pas dupe.
Le manuscrit de 1967, Ce Sont les Cosmonautes, ou Les Cosmonautes cité par Didier Reboussin, fut envoyé à Alain Dorémieux avec un nouveau titre : Demain le Ciel et corrigé par lui. Quelques temps avant son décès (1998) et à la suite d’un déménagement, Alain Dorémieux qui quittait Biarritz, remit une partie de ses archives à Francis P. Valéri-Doster. Le roman refusé Demain le Ciel y figurait. J’en demandais une copie à Francis Valeri - que je remercie encore ici - et dont je payais la duplication et c’est ainsi que je pus le lire. Dans une correspondance de professionnels de l’édition SF, établie par Pierre Versins, Nathalie Henneberg déclarait le 21 sep 1963 dans le numéro 7 du bulletin « On Dirait » (p.10) daté du 27 novembre 1963 en répondant à Gil Roc, un jeune écrivain qui l’admirait : « …Comme vous y allez ! Je ne suis jamais contente de mon travail d’artisan. Et j’évite soigneusement les planètes du système solaire (Gil Roc espérait un chef-d’œuvre se déroulant sur Vénus) ; sans être une scientifique patentée, je les sais trop proches dans le temps, sinon dans l’espace. Mon roman à paraître se passe sur Anti-sol d’Alpha-Andromède (Le Sang des Astres, 1963). Et le suivant dans
Ce livre qui ne quittait pas
Tel était alors le sort des manuscrits avant notre période actuelle où l’on peut les anéantir d’un clic…ce qui est plus amusant que de les jeter à la poubelle comme les maisons d’éditions le faisaient alors par tombereaux entiers.
(Écriture de «Dominique Hennemont» qui n'a rien à voir avec celle de
Charles Henneberg mais beaucoup avec celle de sa femme...)
(Écriture et signature de Nathalie Nenneberg)
Pour ceux, têtus, qui ne veulent pas mettre à jour leurs connaissances livresques et qui répètent comme des perroquets ce que d’autres ont dit avant eux, sans rien vérifier, une dédicace sur le premier livre en français de Dominique Hennemont, Trois Légionnaires (André Martel, 1952), que je viens de recevoir, prouve bien que c’est elle qui écrivit le roman, c’est en effet l’écriture de Nathalie Henneberg et non celle de son époux Charles dont je possède deux échantillons très caractéristiques que je vous livre ici.
Charles Moreau (Copyright 2009)
Le Webzine OUTREMONDE nous présente dans la revue UNIVERS VIII un excellent article de Didier Reboussin qui connut bien Nathalie Henneberg : lien : http://outremonde.fr/index.php?/downloads/4













