vendredi 7 juin 2013

NATHALIE HENNEBERG


LA SECONDE MORT DE NATHALIE HENNEBERG
 
       Je ne pensais pas avoir à écrire ces lignes mais elles sont dues au fait que parmi les nombreux documents qui m'ont été dérobés récemment (du moins je le pense : il se pourrait que cela ait été une œuvre de longue haleine) et dont je vais entreprendre un inventaire complet figurent ceux concernant l'auteur des romans An Premier, Ere spatiale (Le Mur de la Lumière) et de La Plaie. Parmi ceux-ci, on peut compter les lettres de Jacques Van Herp sur la mort de sa collaboratrice et sur la genèse d'un de ses derniers romans écrits en collaboration avec elle, Le Khéroub, des lettres de Sœur Suzanne de Nazareth sur l'agonie de Nathalie Henneberg, une lettre de Yvonne Caroutch (auteur d'une biographie de Giordano Bruno et d'un roman : Le Gouvernement des Eaux), lettre dans laquelle elle me racontait comment elle l'avait rencontrée alors qu'elle était malade (elle perdait la vue) car elle l'admirait fort, et une lettre de Michel Bénâtre que j'avais pu joindre au sujet des romans et nouvelles qu'elle avait écrits pour la revue Satellite (entre autre Le Chant des Astronautes). 
 
       C'est la recherche de la lettre du directeur de Satellite, Michel Bénâtre, qui m'a permis de découvrir le pillage en règle de mes archives Henneberg. A noter que très peu de personnes étaient au courant de l'endroit ou elles étaient réunies. Ne la retrouvant pas je cherchais les lettres que j'avais intercalé entre d'autres documents dans des chemises plastifiées, celle d'Yvonne Caroutch manquait bien qu'il resta des photocopies de celle-ci, ce qui était demi-mal. En ce qui concerne la correspondance du Directeur du Masque SF, Jacques Van Herp, il manquait aussi les deux lettres dans lesquelles il m'expliquait pourquoi il n'avait pas pu s'occuper de Mme Henneberg à la fin de sa vie et où il me racontait sa collaboration avec elle alors qu'elle était à cours d'inspiration. C'était avant qu'il n'ait son accident qui le plongea dans le coma et l'obligea à se soigner. Sa mémoire altérée à l'époque fit qu'il oublia de nombreuses choses. Lorsqu'il revint au Masque, il découvrit la mort de Nathalie et son enterrement au cimetière de Thiais. Si je possédais le Khéroub, c'est parce que terminé avec difficulté, il en avait un exemplaire dont il me fit une copie, mais il ignorait que Nathalie Henneberg s'était remise à écrire ou écrivait peut-être en même temps un dernier roman, Les Cinq Danses de Nitocris dont elle ne lui parla jamais. 
 
      Dans les derniers temps de sa vie Nathalie Henneberg était devenu impotente et elle était aidé par une aide soignante, la sœur Suzanne de Nazareth que je parvins à retrouver dans un couvent de Normandie (encore que je n'ai pas remis la main sur son adresse puisque ses lettres avec l'enveloppe m'ont aussi été volées). Elle me décrivait les derniers jours de Nathalie avec beaucoup de tact : je n'en rendis pas plus compte dans ma biographie car je tenais à respecter la fin difficile de la romancière qui était devenue à la longue alcoolique et qui n'avait plus rien de ses héroïnes sylphides. Pendant de longues semaines, Sœur Suzanne veilla sur Nathalie lui remontant le moral et la soignant avec constance. La nuit de sa mort, à la suite d'une occlusion intestinale, elle n'était pas présente mais elle lui donna les derniers soins lorsqu'elle découvrit qu'elle avait quitté ce monde. Elle du revêtir l'imposant cadavre d'un immense peignoir. C'est ainsi que Nathalie parti rejoindre son époux, Charles, qu'elle avait tant associé à son œuvre comme en témoignait l'aide soignante qui me rapportait aussi ses conversations avec l'illustre malade. Qu'advient-il de ses archives personne le sait exactement : tout le monde était absent et la sœur de Nathalie Henneberg, Madame Barclay de Tolly, prévenue par l'agence Renault-Lenclud, ne put venir à ses obsèques car elle enterrait dans le même temps son propre époux. Le témoignage de Sœur Suzanne était très important et elle me donnait aussi des renseignements sur le médecin qui la soignait : je ne comprends pas qu'on ait pu le soustraire de mes propres archives. Je ne sais ce que cela rapportera à ceux qui ont commis cet acte. 
 
       Ce n'était pas la première fois que un larçin de ce genre était commis dans mes archives. La première lettre qui me fut dérobée, il y a déjà fort longtemps, fut celle de Suzanne Malaval à qui j'avais écris pour lui demander son témoignage car elle avait correspondu avec Nathalie Henneberg. Lorsque nous lui rendîmes visite, à Versailles et qu'elle chercha ces lettres, elle constata que celles-ci lui avait été dérobées. Selon ses dires, dans la lettre qu'elle m'avait adressé et qui avait provoqué ma visite, Nathalie racontait comme, elle avait été récompensé pour son courage par les légionnaires vaincus par les forces de libération anglaises. Suzanne Malaval nous signala que quelques temps avant que nous lui rendions visite, une équipe d’aficionados de la Sf lui avait rendu visite. Elle n'en dit pas plus mais nous comprîmes pourquoi nous ne pouvions plus les consulter. D'autres lettres, d'un intérêt moindre, ont aussi disparu. Par exemple celle d'un journaliste de la radio de France outremer, avec qui Nathalie avait fait des projets ou des interviews.
      Enfin j'avais aussi mené un certains nombre d'enquêtes et l'une d'entre elle auprès de l'Association des Médaillés de France où Charles Henneberg avait été administrateur et j'avais découvert qu'il y avait eu des critiques des livres publiées au fil des années depuis 1953 dans l'organe de cette association, le Journal des Médaillés de france et dont j'obtins des photocopies. Eh bien, j'avais fini par retrouver une partie de ces journaux sur les puces. Ces journaux font aussi partie des objets volés et il y en a encore d'autres. 
 
       Ce que je sais c'est que mon cœur est rempli de tristesse et de colère.
      J'ai veillé pendant de nombreuses années sur cette œuvre. J'ai racheté des manuscrits. J'en ai récupéré d'autres tels que Demain le Ciel (roman sur une Agence Européenne de l'Espace) auprès de Francis Valéri-Dostert qui le tenait des archives d'Alain Dorémieux, lequel avait soigneusement corrigé (rewrité) le manuscrit, ou encore un roman fantastique inachevé basé sur les spéculations du Matin des Magiciens de Jacques Bergier, auprès de Didier Reboussin qui lui avait apporté une conclusion assez importante et qui est devenu, récemment, le roman fantastique Hécate qui vient d'être publié. Enfin auprès de Jacques Van Herp le roman Le Khéroub qu'il m'adressa espérant qu'un jour il serait publié lui aussi. Enfin j'avais fait une enquête auprès de l'Association des Médaillés de France et j'avais découvert qu'il y avait eu des critiques des livres publiés au fil des années dans l'organe de cette association Le Journal des Médaillés de France. Ces journaux ont eux aussi été dérobés.
 
      Je n'ai pas hésité une seconde quand Didier Reboussin me demanda des copies de trois des manuscrits et je lui fis donc une copie intégrale des trois romans restés inédits dont le sien propre qu'il ne détenait plus. Je n'ai rien demandé pour moi-même ni pour le fait de les avoir gardés et protégés pendant si longtemps. Mais j'admets mal, aujourd'hui, de me trouver dépossédé de mon travail de patience et d'admiration pour l’œuvre de l'amie de Jacques Bergier, toutes choses que j'ai exprimé dans sa bio-bibliographie qu'on peut peut trouver complète dans un des numéros du nouveau Lunatique (Eons) et en postface du recueil de nouvelles Des Ailes dans la Nuit (Terres de Brume). 
 
      Mes correspondances sont personnelles et je ne peux souffrir d'en être privé. Je supporte mal d'avoir vu leur secret violé et peut-être livré sans mon autorisation qu'on a donc même pas sollicitée. D'où cette plainte sur mon blog. J'espère que ces lettres et documents fruits de mes recherches me seront restituées comme m'ont été restituées seulement une partie des photos volées antérieurement et dont certaines me manquent toujours actuellement pour travailler sur certaines chroniques que je voulais présenter sur ce blog.
      A ce moment-là, je me déferai de mes soupçons qui mettent à mal ma confiance et mes certitudes envers quelques personnes.
     Dernier point qui confine à la stupidité sinon à la méchanceté pure : les voleurs ont jugé bon d'effacer dans mon ordinateur, en pensant que je ne m'en rendrais pas compte (ni plus ni moins) et en maquillant la chose, le texte original du manuscrit que j'ai consacré à Nathalie Henneberg. Comme il a été publié, j'avoue qu'on doit vouloir m'embarrasser dans le cas où je trouverai un mécène qui me le paierai à prix d'or pour le publier une fois de plus.
Charles Moreau
Copyright mai 2013


mardi 2 avril 2013

GARY JENNINGS ET THEODORIC LE GRAND


L'EMPIRE BARBARE, UN ROMAN SANS PAREIL
GARY JENNINGS
PRESSES POCKET
     C'est certainement le plus extraordinaire des romans historiques que j'ai lu et je ne dis pas cela pour plaisanter car j'en ai lu beaucoup. Avant de publier ses grands romans, Azteca et Marco Polo, Garry Jennings écrivit du fantastique et les lecteurs français de la revue Fiction seront surpris d'apprendre que de 1963 à 1976, il eut 7 nouvelles de ce genre traduites dans notre langue. RAPTOR (ou si l'on veut, L'EMPIRE BARBARE) est cependant incontestablement un roman historique dont l'esprit est exceptionnel par sa composition et son travail de reconstitution. A travers un personnage de fiction, Thorn, enfant abandonné par ses parents car il n'est pas conforme à ce que doit être un enfant normal (il a deux sexes, le masculin et le féminin et est donc hermaphrodite sans pouvoir se reproduire), Jennings montre son éducation chrétienne, d'abord dans un couvent dont les moines le récupèrent lors de sa naissance car il est abandonné par ses parents, puis à la suite d'un viol commis par l'un des moines, il est considéré comme une femme et se retrouve dans un autre couvent abritant des nonnes, puis son éviction et son bannissement définitif lorsqu'il est surpris avec l'une d'entre elles à se réconforter, et à travers la vie qu'il mènera dès lors à l'extérieur de ces deux mondes clos, on découvrira, épisode par épisode, en fait, un univers barbare décrit par tranche à la fois géographiques, économiques et politiques, donc dans tout ses détails avec une somptueuse minutie pour arriver à la constitution d'un nouvel empire qui n'a rien de barbare destiné à succéder à celui de Rome dont la décadence est inéluctable sous les coups du christianisme.   
     Sur ce sujet qui a fasciné de nombreux auteurs de science-fiction (et pas seulement eux), on trouve l'un des plus célèbre, Isaac Asimov, avec son empire stellaire de la série des Fondation ainsi que Van Vogt.
    En même temps que l'exploration d'un monde, l'évolution conduit Thorn à travers les duretés de la guerre, animés par les aléas de la conquête du pouvoir. Quand Thorn rencontrera accidentellement celui qui deviendra son maître, le futur empereur Théodoric le Grand, il lui consacrera toute sa vie pour l'aider à ramener la paix dans un monde perturbé.
     Ce qui reste à Thorn qui est un être jeune, il est violé à douze ans par un moine qui ne se rend pas compte de la nature multiple qu'il a devant lui, c'est à réaliser sa double personnalité, à la fois dans la sexualité et dans les apprentissages de la vie en se frottant au contact de ses compatriotes dont il découvre au fur et mesure tous les états, les appétits et les faiblesses, ce dont il profitera et se servira.
Tout d'abord, et c'est l'aspect le plus fascinant de la première partie du roman, après sa double éducation dans les couvents où il apprend les langues, les canons et les écritures, c'est la survie au cœur d'une nature âpre et sans concession où il commencera par dresser un aigle, son juika-bloth, (qu'il utilisera comme une véritable arme) et deviendra chasseur sous la férule d'un ancien soldat romain, Wyrd, dont il obtiendra tout et qu'il perdra définitivement lorsque celui-ci mourra, atteint par la rage inoculée par un loup. Cet épisode formateur fait songer aux romans de London et de James Oliver Curwood. Un épisode intermédiaire situé avant la mort de Wyrd, nous montrera Thorn affrontant une tribu de Huns qui ont enlevé une jeune femme enceinte de son fils, ainsi que son petit-fils, parents du Légat Calidius.
    Le qualificatif de Raptor qui est attribuée à Thorn par Gary Jennings vient du fait qu'il tirera toujours un profit ou une vengeance au terme de chacune de ses expériences, de ses batailles ou de ses explorations. Et ceux qui se mettent en travers de sa route de négociateur, le maltraitent, le retiennent prisonnier ou veulent sa mort le paieront très cher comme l'adversaire de Théodoric et son pire ennemi, son cousin Théodoric Strabo ou encore Odoacre qui s'est proclamé empereur d'occident et est de fait le rival que Théodoric doit détruire.
    Donc avec chaque épisode, nous voyons en détail le mécanisme de constitution d'un empire issue à la fois de la conception que s'en font à la fois Théodoric et son ami Thorn dont il ne soupçonnera pas jusqu'au bout la nature profonde. Nous visitons l'empire du Nord au Sud et découvrons pourquoi Théodoric fera de Ravenne, sa future capitale. Thorn, un rien machiavélique avec ses deux personnalités, jouera le rôle d'un Missi dominici avant l'heure, d'un chef de guerre, il aura le titre de maréchal, et même d'un espion qui éliminera soit stratégiquement soit physiquement les adversaires de son maître et ami et mais qui sont aussi les siens. Il nous présente tous les peuples du futur empire et les pires ce ne sont pas les barbares mais bel et bien les catholiques, leurs prêtres, leurs évêques et leurs légats romains successifs, dont Théodoric finira par laisser mourir en prison le plus naïf d'entre eux après s'en être servi pour être reconnu, le pape Jean.
    Le plus savoureux est le dénouement absolument inattendu et qui s'inscrit en faux dans le drame historique. Théodoric le Grand qui n'a jamais cherché à se convertir au catholicisme comme le fit Clovis, son beau-frère, ne mourra pas comme les historiens le racontent, d'une dysenterie, mais d'une manière que seul Thorn pouvait prévoir pour sauver la réputation de son maître dont le déclin est inéluctable. Après la mort de Théodoric, l'empire qui a duré une bonne trentaine d'année s’effondrera faute d'une volonté égale à la sienne pour le diriger et en maintenir la cohésion.
    Le tout dans une traduction exemplaire de Thierry Chevrier avec des commentaires émérites et une attention scrupuleuse pour le texte de Gary Jennings. Il ne reste plus à Thierry Chevrier qu'à s'attaquer au dernier grand roman de l'auteur, Spangl qui se déroule dans le milieu du cirque au XIXe siècle.
Charles Moreau
(copyright février 2013)
  
                                                                               
NOUVELLES DANS LA REVUE FICTION
  •  Myrrha (1962, Myrrha) in Opta, Revue Fiction n° 113, 1963.
    Au bout du rêve (1968, After all the dreaming ends)
    in Opta, Revue Fiction n° 239, 1973.
  • Et ensuite ? (1969, Next)
    in Opta, Revue Fiction n° 220, 1972.
  • La chasse aux spectres (1970, Specialisation)
    in Opta, Revue Fiction n° 240, 1973.
  • Tom-le-chat (1970, Tom cat)
    in Opta, Revue Fiction n° 252, 1974.
  • Une soirée en enfer (1971, How we pass the time in hell)
    in Opta, Revue Fiction n° 241, 1974.

mercredi 2 janvier 2013

BEAUDOUIN CHAILLEY CRITIQUE ET INTERVIEW

 
LE GLAIVE ET L'INITIE
Baudouin Chailley a l'art de circuler dans le temps avec l'aisance d'un voyageur temporel éclairé. Après les périodes historiques des convulsions de notre monde moderne, après le Canada de la colonisation et de la déportation, c'est au tour, à présent, dans ce volume de plus de 560 pages (Editions Baudelaire), d'une époque encore plus lointaine, celle des Templiers. Mais dans ce roman brillant et plein d'humanisme, ce n'est pas leur chute historique qui est évoquée en détail comme dans Les Rois Maudits de Maurice Druon, ni les relations de cet ordre très puissant avec un pouvoir occulte mais le parcours d'un homme au cœur d'un désastre prévisible. C'est parce qu'il a voulu revoir les siens en revenant lors d'une mission – ramener des chevaux à Saint-Jean-d'Acre, la dernière citadelle de la Chrétienté – que Philibert de Bréchiniac, un Templier sera maudit par son père, Thibert, qui voulait son retour définitif pour lui succéder dans la forteresse de Malaïgues près du village de Mirandole, et qu'il retournera dans le dernier bastion de la Terre Sainte, en compagnie de fidèles compagnons et d'un jeune homme, Thibault de Fierbois, un rêveur inconscient tenté par l'aventure. Nul mieux que Baudouin Chailley ne sait évoquer Saint-Jean-d'Acre et la fascination que ce monde grouillant du mélange des peuples et des cultures suscite et chez Philibert et surtout chez son jeune compagnon Thibault qui le suit pas à pas. C'est que Philibert a des liens anciens et profonds avec cet univers qu'il aime et où il a déjà laissé une partie de son âme et de sa chair, c'est aussi parce qu'il a sauvé de la mort un adversaire dont il ignore la puissance et le combat qu'il n'assistera pas à la fin d'Acre. Il sera un témoin de la fin d'une terrifiante aventure marquant l'échec du rapprochement des peuples et des races lorsqu'il reviendra dans le monde étroit et en crise du règne de Philippe le Bel en terre de France. Le Temple réalisera la prédiction du Sarrasin en donnant une mission à Philibert qui sera entraîné de Chypre jusqu'aux frontières des Pyrénées ainsi que ses proches et ses ennemis. Dès lors, c'est une épuisante course poursuite pour échapper aux sbires du roi de France et retrouver la fin de son parcours tel qu'il a été tracé par ses supérieurs. Et lorsque plus apaisé, il franchira les mers pour gagner l'Ecosse, il devra prendre parti en tant que chef de guerre expérimenté dans un dernier combat qui n'est pas le sien mais qui lui permettra de se réaliser et de découvrir un nouvel idéal. Un captivant roman d'un des meilleurs romanciers du Fleuve Noir.
Charles Moreau
Copyright 2012

    ( Baudouin Chailley et son épouse le 18-11-2012
       à l'exposition réalisée pour le salon du livre ancien
de Pernes-les-Fontaines )


BAUDOUIN CHAILLEY
INTERVIEW

Q. : Pourquoi avoir écrit Le Glaive et l'Initié (Editions Baudelaire), ce gros roman qui retrace à la fin de l'époque des croisades ainsi que la vie et le cheminement d'un Templier ?
R. B. C. : Je voulais parler de ce que l’on évoque rarement: l’agonie programmée du Temple et surtout démystifier tout ce fatras de légendes où le Templier est montré tour à tour comme uniquement attiré vers les richesses, comme un fou de Dieu, comme un guerrier d’élite, voire comme un traître à son roi (Ce qu’il n’a jamais été – N’était-ce pas le Temple qui a payé la rançon de Saint Louis qui pourtant ne le portait pas en son cœur?) A contrario, l’immense majorité d’entre eux avaient accepté de renoncer au bien être (relatif) auquel leur naissance pouvait les amener à prétendre (Les Templiers étaient obligatoirement nobles) C’était aussi des hommes, avec des problèmes d’hommes. Il faut signaler aussi que la milice du Temple à ses débuts était très différente du Temple à sa fin quoique la majorité des Templiers ‘’de base’’ soient incontestablement restés fidèles à leur idéal. Voir pour cela les compte rendus des interrogatoires menés dans les geôles du roi PHILIPPE IV.

Q. : Etait-ce pour démystifier le bruit et le tintamarre qu'on fait à notre époque autour de l'or des Templiers que rechercha en vain le roi de France Philippe le Bel et la survie de leurs idées, ou pour retracer seulement une vie humaine dans un siècle troublé qui annonce une guerre de Cent ans ?
B. C. : L’ordre des Templiers (et beaucoup d’autres) fut créé pour défendre les lieux saints. Ces lieux saints une fois perdus, ils n’avaient historiquement plus aucune raison d’être. J’ai voulu retracer l’histoire d’un homme, petit nobliau en sa province (Il fallait bien en passer par là) et qui a vécu – à son modeste niveau – la fin tragique du Temple (En France) Abandonné du Pape comme du Roy, il devint un ‘’soldat perdu’’ de l’époque, cherchant désespérément une issue pour échapper à une situation sans espoir. Quant à l’or des Templiers, on a beaucoup glosé là-dessus. Lorsque Philippe le Bel lança sa police et son armée contre la milice du Temple, il y avait belle lurette que les réserves monétaires de l’Ordre avaient été dispersées dans différentes directions (Et généralement hors du royaume) On ne monte pas une opération d’une telle ampleur sans qu’il y ait quelques fuites. Il faut aussi songer que la fortune des Templiers étaient surtout faite de biens immobiliers. Quant au soi disant ‘’secret des Templiers’’, il touche à un tout autre domaine.

Q. : Philibert de Bréchignac a-t-il un modèle historique ? Quelle a été votre documentation pour écrire cet épais et magnifique roman de plus de cinq cents pages ?
B. C. : Cette période est très peu connue. On préfère parler du Temple comme une sorte d’ordre Noir confit d’ésotérisme fumeux, d’un état dans l’état insupportable pour le roi de France ou de Zorro médiévaux ne cherchant que plaies et bosses. C’est vite oublier qu’ils avaient été les premiers à envisager que l’islam et la chrétienté pouvaient cohabiter pacifiquement peut-être pas mais se respecter mutuellement. Le roi Saint Louis, un fou de Dieu, a torpillé ces désirs et ces illusions. Les croisés, il faut le dire aussi, n’allaient pas tant en terre sainte pour défendre le tombeau du Christ que pour s’y créer des royaumes pour les plus hauts placés ou se livrer aux pillages pour les autres. Par ailleurs la conduite des armées qu’elles soient française, anglaises ou autre n’était pas exactement un modèle du genre.

Q. : Considérez-vous à la fin de votre roman que Philibert de Bréchignac votre personnage central a atteint sa pleine réalisation en se frottant à deux mondes importants de l'époque où les hommes partaient se battre pour leur croyance contre les tenants d'une autre croyance ?
B. C. :Oui. Cet homme a tout connu de ce que la vie pouvait lui offrir. Il avait trouvé l’amour en une femme que tout séparait de lui. Il a été honnête avec elle et apprécié des ennemis d’alors pour cela; il a vu la rapacité, la cruauté des deux camps, l’attirance effrénée vers le commerce des richesses; il avait en face de lui, au fur et à mesure qu’avançait sa vie, le spectacle du monde bouleversé tel qu’il était et qui n’avait rien à voir avec les chansons de gestes de son adolescence ce qui l’a, à l’inverses de beaucoup, conduit vers la tolérance. Ni l’islam , ni le catharisme n’était sa religion, mais il les respectait toutes deux ; son ennemi était les fous de Dieu, les ordonnateurs de bûchers, les massacreurs de tout poil qui ne se servait de Dieu que pour excuser et assouvir leurs passions perverses. C’est en Ecosse, là où il retrouva bon nombre de ses compagnons réfugiés qu’il découvrit une forme de pensée qui jusqu’alors lui avait été inconnue.

Q. : Vous posez aussi le problème des hérésies ? Pourquoi ont-elles tant surgis à l'époque des croisades ?
B. C. : Les hérésies n’ont pas surgi par un hasard (qui n’existe pas: tout effet à une cause, qui elle-même en a une autre jusqu’à la cause première) Les hérésies sont incontestablement nées de l’attitude du clergé de Rome et la répression a été d’autant plus impitoyable que celui-ci voyait d’un très mauvais œil tout ce qui pouvait toucher aux dogmes ou lui faire perdre prébendes et prérogatives. Toutes les hérésies n’ont jamais été qu’une réaction contre l’ordre établi et dévoyé.

Q. : L'amour bien que peu apparent dans cette œuvre semble la dominer sous toutes ses formes (mariage et compréhension en face des autres) pourquoi cette expression en demi-teinte ?
R. : Oui, Philibert a connu l’amour. Tout au long de sa vie il a adoré celle qui avait été sa femme, mais il a aimé aussi ses camarades de combat et plus tard ceux qu’il appelait ‘’ses gens’’, hommes attachés à la glèbe et dont la seule préoccupation était de réussir à nourrir leur famille. Philibert, au fil des ans, à transcendé son amour en l’élargissant peu à peu pour lui donner une dimension universelle (Philosophie qu’il entrevoyait pour la première fois lors de ses balbutiements en Ecosse)

Q. : Pourquoi avoir évité l'affrontement final des croisades à Saint-Jean d'Acre et ne pas avoir raconté le siège d'une manière détaillée ? Est-ce parce qu'il est le début de la fin pour les croisés et les Templiers ?
B. C. : Ce roman n’est pas un roman épique. Il est bien plus que cela. La chute de Saint Jean d’Acre était inéluctable. L’Europe se désintéressait de son ultime possession. Les Templiers (Les Hospitaliers et tous les autres) se battirent avec la dernière énergie et succombèrent sous le nombre de leurs assaillants. Non, je n’ai pas voulu raconter un fort Alamo de plus. Le livre n’en avait pas besoin et il fallait que mon héros survive pour pouvoir continuer évoluer vers l’apaisement né de la tolérance acquise au fil des épreuves.

Q : Philibert de Bréchignac est-il à la recherche d'un monde nouveau ? Ou bien un maudit rejoint par la barbarie d'une époque qui le conduit à toujours se battre pour défendre ce en quoi il croit véritablement.
B. C. : Au départ il n’est qu’un homme balloté comme tout un chacun par les expériences qu’il vit, ce qu’il voit, les souffrance d’un amour tragique. Peu à peu il apprend à ‘’à se faire ‘’homme doué de raison’’ (En non juge) Dés lors, il pose sur le monde brutal de l’époque un regard ‘’extérieur’’. Il reste fidèle au Temple qui l’a créé; il ne juge pas. Pardonne-t-il les excès de ceux qui ont la violence pour religion? Je ne le pense pas car il n’a pas été formé pour ça (Voir l’épisode Gauthier de MAUVERT) Mais il agit sans haine contrairement à beaucoup. Il observe sans juger le spectacle du monde de son époque.

Q. : Vous utilisez souvent et jusqu'à la fin le retour en arrière pour expliquer les conséquences de certaines scènes d'action : est-ce que cela vous permet de faire avancer votre histoire plus facilement ?
B. C. : Je ne saurai dire: l’histoire m’est venue comme ça. Ensuite plusieurs histoires s’interpénètrent ce qui m’a obligé à faire des ‘’flash back’’ et puis il est toujours utile de rappeler les causes d’une action annexe au corps principal de l’histoire.

Q. : Aborderez-vous d'autres romans historiques prochainement ?
B. C. : Sûrement. ROME peut-être… La colonisation romaine, ses déboires et sa décadence m’attirent. Mais rien n’est fixé. J’y pense



Charles Moreau et Baudouin Chailley
Copyright décembre 2012

jeudi 8 novembre 2012

LE SALON DU LIVRE ET LA SCIENCE FICTION


      EXPOSITION SF

       L'Exposition que j'organise dans le cadre du Salon du Livre avec l'aide de certains éditeurs  ne sera pas seulement consacrée à la Science-Fiction américaine mais aussi à la S-F française puisque seront présents tout au moins par la mémoire Stefan Wul, Nathalie Henneberg, Jimmy Guieu, pour les écrivains et  Jean-Claude Forest et Moebius (Jean Giraud) qui vient de nous quitter pour les artistes de l'illustration et de la BD. Sera aussi présent Vargo Statten (John Russell Fearn) dont Rivière Blanche et Richard D. NOLANE s'apprêtent en début d'année prochaine à sortir un DIMENSION VARGO STATTEN monumental avec un texte de votre serviteur  d'une cinquantaine de pages sur son œuvre au Fleuve Noir, œuvre qui reste à découvrir et à redécouvrir. 
        Enfin, sera présent PIET LEGAY (Baudouin Chailley) dont l’œuvre est de plus en plus importante depuis qu'il a abordé le roman historique après les récits de guerre, l'Espionnage, l'Aventure  et de Science-fiction.

Charles Moreau

mercredi 7 novembre 2012

FRANCIS LACASSIN ET LE CLUB DES BANDES DESSINEES

J’ai rencontré pour la première fois FRANCIS LACASSIN, le 7 juillet 1963, à l’assemblée générale du CLUB DES BANDES DESSINEES, au Café-théâtre de la Vieille Grille, près de la grande mosquée de PARIS, alors que je faisais mon service militaire à Fontainebleau. Le Club venait d’être fondé en mars 1962, sous l’impulsion de F. LACASSIN et par un groupe d’amateurs bénévoles, à la suite d’une série d’articles et de lettres parues dans la revue FICTION (n° 92-93-94, juil.-sept. 1961) dont j’étais un lecteur assidu et d’un référendum que cette revue lança dans son numéro 98 de janvier 1962. Par la suite, les éditions OPTA qui publiaient FICTION soutinrent les activités du Club par des articles jusque dans la revue MYSTERE MAGAZINE (n°178, nov. 1962 et 216, jan. 1966). FRANCIS LACASSIN et ses amis furent ainsi à l’origine d’un important mouvement culturel qui annonçait mai 1968 et sa formidable entreprise de libération, mouvement qui se répercuta en Italie, en Espagne, en Belgique et en Suisse. On peut considérer qu’il favorisa l’essor de la Bande dessinée en Europe et fut une profonde réaction contre la Censure d’une société bloquée qui avait beaucoup trop frappé dans les années cinquante. Le Club s’était doté d’un organe, le GIFF-WIFF qui eut plus d’une bonne vingtaine de numéros, ainsi que d’excellentes rééditions (Flash Gordon, Brick Bradford, Popeye, etc…) dont l’impact fut considérable. Sans le mouvement dont FICTION fut à l’origine avec la nostalgie des lecteurs de BD d’avant et d’après guerre et sans la volonté tenace de F. LACASSIN et de quelques autres, nul ne doute que la Bande dessinée ne serait pas ce qu’elle est devenue à l’heure actuelle car une foule de projets se développèrent autour de cet événement.
Je revis Francis LACASSIN dans une librairie de BORDIGHERA, en février 1965, au premier congrès international de la bande dessinée. J’avais acheté le dernier numéro de GORDON (Flash) édité par les Fratelli SPADA, dont le travail d’avant-garde avait profité à la France, puisqu’à cette époque les Editions des Remparts (Lyon) publiaient les fascicules de MANDRAKE le Magicien et du FANTOME du Bengale, numéro que je lui cédais volontiers sachant alors que j’allais recevoir cette réédition en Italien, chez moi, grâce au directeur de ces deux publications, M. BUFFIERES, qui avait eu la gentillesse de m’emmener avec lui en voiture et pour qui j’avais rédigé un article sur BRICK BRADFORD.
FRANCIS LACASSIN est décédé dans la nuit du 13 août : il laisse une œuvre considérable et attachante qui a formé bien des esprits favorables à la bande dessinée et à la littérature populaire. Il n’a eu de répit que l’on ne connaisse tout ce qu’il connaissait et rien ne l’a limité car il remettait constamment son œuvre à l’ouvrage pour aboutir à la perfection : je n’en veux pour preuve que son travail sur TARZAN dont aucune édition n’était semblable à la précédente. Ainsi, il nous fit découvrir les mille et un Tarzan de la BD et du cinéma, les cent réincarnations de Celle-qui-doit être obéie, et les « 597 » bouquins de ce visionnaire de Marcel ALLAIN qui disait que l’avenir du roman populaire passait par la bande dessinée et le feuilleton télévisé... Ses MEMOIRES (Sur les Chemins qui marchent, 2006) qui se lisent comme un roman policier sont parues aux Editions du Rocher et nous montrent son extraordinaire cheminement, ses recherches et ses luttes auprès des éditeurs pour faire connaître ce qu’il avait découvert. Au moment de sa mort, il préparait un second volume de ses MEMOIRES.
CHARLES MOREAU


AFIN DE RAFRAICHIR LA MEMOIRE DE BHL SUR MASCARA


Je n’entrerai pas dans la polémique concernant le dernier livre co-écrit recemment par Bernard Henri Levy et Michel Houellebec étant donné que les sphères où ils veulent se situer pour un pareil affrontement ne sont d'aucun intérêt pour moi. De Michel Houellebecq, je ne connais que son Lovecraft, contre le monde, contre la vie (1991) pour lequel j'avais d'ailleurs fait une critique favorable qui ne plut pas à celui à qui je l'envoyais jadis et qui resta inédite. En ce qui concerne BHL dont j'ai lu le texte publié dans le Nouvel Observateur, je vous parlerai du Mascara que j'ai connu en précisant que j'y ai été élevé de 1941 à 1961, soit durant une vingtaine d'années en précisant au passage que je suis né au début de 1939 à Paris quelques temps avant l'entrée de la soldatesque hitlérienne dans cette ville. Mes souvenirs dans la ville de Mascara remontent à la fin de la guerre. Je me souviens qu’on y brûla en effigie Hitler et Mussolini et que l’on fit une fête parce que le peuple de France et nous-mêmes avions été libérés de la barbarie nazie. A cette époque-là, j’habitais avec ma mère et mes parents maternels, tous pied-noirs d'origine espagnole, près de l’église de Mascara et donc je fréquentais le centre ville avec mon cœur d’enfant. J’ai toujours été émerveillé de voir que l’église et la mosquée était bâties l’une à coté de l’autre et qu’aux cloches de l’une annonçant la messe répondait de l’autre la voix du muezzin appelant à la prière. Deux autres bâtiments y étaient présents : le monument aux morts célébrant pour les européens comme pour les musulmans une guerre atroce qui n’était pas de ce continent et l’immense Maison du colon aux fresques agraires.
Sur le côté droit en contrebas de l’Église, à coté de laquelle étaient garées les calèches, les taxis étaient rares à cette époque, se trouvait la synagogue. Je pense que peu de ville en Algérie avaient cette extraordinaire configuration. Et cela pouvait s’expliquer puisque Mascara, sous l’Emir Abdelkader, était une ville guerrière située sur une hauteur qu’il fallut investir : son nom d’origine arabe signifie : La Mère des Soldats (Mra Sakar). Pas très loin de la place de l’Eglise se trouvait la Place Gambetta sur laquelle était la Mairie de Mascara, des banques, des bars et la bibliothèque très belle surtout à l’intérieur car elle renfermait toute la culture française. Sa bibliothécaire me laissa lire tous les volumes que je voulais prendre et j’y découvris aussi bien tout Alexandre Dumas que tout Maupassant ou que les premiers volumes de la Série Noire. Il n’y avait pas de télévision à Mascara et ce n’était pas quelque chose dont on pouvait se plaindre puisqu’on n’avait pas le sentiment d’un manque et que la radio et ses superbes chansonniers et ses pièces de théâtre, ainsi que les cinémas nous distrayaient prodigieusement. Sur la place Gambetta, il y avait un kiosque magnifique qui fut par la suite détruit pour aménager la place à cause des voitures qu’il fallait garer. Avec ma sœur et mes amis, nous avons passé beaucoup de temps à glisser sur ses rebords le long des quelques marches qui permettaient d’y accéder. Il y avait un théâtre qui était là de longue date et où ma grand-mère y découvrit les opérettes qu’elle adorait et moi les pièces de théâtre de Molière et de Racine, et où j’entendis pour la première fois cette apostrophe célèbre du Bossu : «…Et si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi… » Son directeur, homme d’une grande culture se nommait M. Valère et dans la semaine, il descendait au Petit Jardin ou l’on gardait les enfants du Jardin Pasteur où passait l’Oued Toudman. Là, il incarnait GUIGNOL et GNAFRON et nous savions tout du célèbre héros lyonnais.


(Librairie Garson, photo Charles Moreau)

Mais sur la Place Gambetta, il y avait la plus belles des librairies que j’ai vu de ma vie. Elle était tenue par les Garson qui avaient aussi une imprimerie. Ce fut le refuge idéal pour moi, le sanctuaire, plus que le Stade de l’Avant-garde. Jusqu’au dernier jour de ma présence à Mascara, je pus y acheter des romans de toutes sortes et le "Canard Enchaîné". Puis je connus aussi le quartier arabe de Bab-Ali où ma mère tenait une modeste poste auxiliaire et là je découvris un autre monde pétri d’un autre humanisme et d’une autre culture et je compris et j’appris sans haine beaucoup de choses. Lorsque notre vie fut menacée, des amis arabes nous invitèrent à manger un superbe couscous et nous dirent que les aléas de la révolte faisaient que nos vies étaient menacées et qu’ils ne nous garantissaient plus dans ce quartier la vie sauve car la haine s’étaient répandue jusque dans les montagnes. Je rajoute une dernière chose le collège de garçons de Mascara recevait tous les enfants de la ville et il y avait là sans qu’ils le sachent des descendants de tous les peuples du bassin méditerranéen qui apprenaient le français et l’arabe et l’Histoire de France.
Charles MOREAU

LEIGH BRACKETT ET LE GRAND LIVRE DE MARS

Le 7 novembre 1977, j’envoyai une lettre à Leigh Brackett (1915-1978) à Kinsman, Ohio, et une copie de cette lettre à Lancaster, en californie, où je lui posai de nombreuses questions sur Chandler, sur ses romans policiers, sur Planet Stories, sur la nouvelle The Tapestry Gate et sur les auteurs à message. Elle ne put me répondre que le 26 du même mois en me donnant une foule de renseignements sur elle-même et sur son œuvre qui me servirent dans la biobibliographie que je devais publier plus tard en trois parties dans la revue Fantastik n°12, 13 et 14 (Campus Editions 1982-1983) mais elle me fit aussi un cadeau en me révélant qu’elle avait écrit quatre romans policiers dont un (Stranger at Home, 1946) qu’elle avait signé du nom de l’acteur George Sanders, le seul roman qu’elle avait écrit en tant que ghost writer… A l’époque ce fait n’était connu de personne et ne fut rapporté aux Etats-Unis qu’après son décès car la lettre de réponse figurait dans ses archives.

Je lui en envoyai tout aussitôt une seconde où je la questionnai sur le deuxième épisode de Star Wars en préparation : L’Empire contre-attaque dont elle écrivait le scénario, mais le temps et la maladie l’empêchèrent de me répondre et de terminer ce scénario. C’est à partir de cette première mouture que Lawrence Kasdan établit le scénario définitif. Lucas lui confia aussi par la même occasion, l’écriture de Raiders of the lost Arc (Les Aventuriers de l’Arche perdue, 1981). RAY BRADBURY intervint auprès de George Lucas pour que le nom de LEIGH BRACKETT ne soit point oublié au générique, c’est ce qu’il me confia après sa visite à Cerisy-la-Salle et à Paris, lors de son passage en Avignon, sur la place de l’Horloge, en 1978.

Pour en venir à l’énorme volume intitulé Le Grand Livre de Mars, il ne contient que la plus belle et la plus importante partie de l’œuvre de Leigh Brackett consacré à la Planète rouge : il n’y manque que quelques nouvelles et un roman Shadow over Mars (1944), rebaptisé plus tard The Nemesis from Terra. Au demeurant, je préférai le titre de chez Opta, Le Livre de Mars, de 1969 (celui, un peu racoleur, des Editions du Bélial ressemble plus à une référence comptable qu’à un recueil complet consacré à la planète rouge où se mêlent l’épique et la poésie) mais il faut reconnaître que ce volume ne comprenait pas le superbe roman consacré à Matt Carse, Sea-Kings of Mars (1949) que le Fleuve noir, sous l’influence de Jean-Gaston Vandel (Paul Kenny), publia en 1957 sous le titre La Porte vers l’Infini.

Espérons, enfin, que le Bélial publiera la triologie de John Eric Stark consacrée à l’étoile rousse qui est son œuvre majeure et sa suite inédite écrite pour une anthologie de Harlan Ellison qui ne fut jamais publiée, Stark and the Star Kings, reliant le cycle des Rois des Etoiles de son mari, Edmond Hamilton et sa propre saga.

Charles Moreau