mardi 29 juillet 2008

JACQUES BERGIER ET LA REVUE "ESPIONNAGE"

Dans mon livre, Jacques Bergier résistant et scribe des miracles (Mnh/Anthropos, 2002), j’écrivais : « Jacques Bergier s’était rendu compte qu’une littérature avait un énorme public qui n’était pas celui de la revue (PLANETE) : celle des récits d’espionnage dont près de 100 millions de livres avaient été vendus rien qu’aux Editions FLEUVE NOIR entre 1955 et 1965. Jacques Bergier pensait que la désaffection des Français envers les journaux, qui leur avaient menti lors des désastres de l’armée française en 1940, les portaient à lire des romans d’espionnage dont les histoires étaient, croyaient-ils, véridiques et faisaient état des véritables dessous de la guerre. Il introduisit donc de tels récits dans la revue (PLANETE) dont il était persuadé qu’elle pouvait être ainsi sauvée… » Plus loin, j’ajoute : « En juillet (1970), les Editions OPTA, qui semblaient lui avoir accordé une oreille plus attentive que les Editions RETZ lançaient la revue ESPIONNAGE. Entreprise surprenante à première vue si l’on songe qu’il n’y en avait jamais eu avant et qu’il n’y en eu plus après mais qui montrait que Jacques Bergier avait de la suite dans les idées : « Certains pensent que l’espionnage est un monde à part, lointain et sans rapport avec notre vie quotidienne. Or, nous sommes sans le savoir l’enjeu permanent de la guerre subversive… » Il reprendra d’ailleurs cette phrase en tête de la revue où il développe cette idée de la constante de la présence de ce combat. On le voit le manifeste est toujours d’actualité surtout depuis le développement du terrorisme et l’on comprend qu’il ait tenu à cœur à l’auteur …

Si l’on admet que les succès du FLEUVE NOIR ont fasciné Jacques Bergier face à la déroute de PLANETE, on peut comprendre l’entreprise mais il faut ajouter que le père du réalisme fantastique était déjà lui-même un espion…avant-guerre et qu’il s’était décidé à partir dans le midi pour continuer sa résistance contre les Allemands.

A son retour des camps, auréolé de nombreuses décorations attribuées par les anglais, les américains et les polonais, il sera placé par le général DE GAULLE à la tête des services d’espionnage extérieurs pour les réorganiser. En 1950, il quitta la D.G.E.R. après avoir fait ce qu’il fallait. Il reprenait ainsi sa liberté. Il dira sur la fin du nazisme au procès de Nuremberg auquel il avait assisté : « … L’hitlérisme n’avait pas seulement été un mouvement politique, mais d’abord et surtout une religion ; l’espionnage était socialement plus important que ce que j’avais cru et ses réseaux constituaient l’approche d’un nouveau type de gouvernement, la cryptocratie, destinée dans l’avenir à remplacer aussi bien le capitalisme que le communisme. Plus tard quand je me suis mis à écrire, j’ai développé à fonds ces idées, qui sont maintenant généralement acquises… »

La revue ESPIONNAGE avait donc à sa tête Jacques Bergier, directeur et rédacteur en chef entouré de trois amis : Pierre Nord, Gabriel Véraldi et Georges Lagelaan, tous trois bien connus pour leurs divers écrits. Divisée en trois parties, elle comprenait des études et commentaires faits par de spécialistes, des nouvelles et enfin une partie critique concernant les livres et les films. Le programme était séduisant mais contrairement à ce que pensait son créateur la revue n’alla pas très loin malgré un remaniement qui fut annoncé au numéro 9. Avec ce numéro, la signature de Jacques Bergier disparut (il fut remplacé par Daniel Domange) et la revue elle-même disparut à son tour quelques semaines plus tard avec son numéro 15, après avoir annoncé dans son numéro 14, la mort de son directeur Daniel Domange.

Jacques Bergier s’était-il fourvoyé ? En fait, je crois que ce qui plaisait beaucoup aux lecteurs, c’étaient les aventures vécues par les espions dans des cadres exotiques et il aurait mieux valu publier pour amorcer la revue uniquement des récits d’auteurs connus sans appareil critique ni historique. Bref, il y avait un public mais il n’était pas le bon. Ajoutez à cela, que la vogue d’écrivains tels que John LE CARRE et Len DEIGHTON qui succédaient à Ian FLEMING (le père de James Bond) et qui jetaient un œil critique sur l’intérieur de la maison et sa psychologie se précisait de plus en plus et vous aurez une explication de l’échec du magicien. Il n’en reste pas moins qu’avec ses livres de dénonciation sur l’horreur du nazisme et ses Admirations, ses livres d’espionnage sont ceux qui auront le plus de chance de passer à la postérité car ils expliquent avec une dureté et une précision historique tout notre monde actuel. Il serait bon de les rééditer, à l’heure du 30e anniversaire de sa mort, avec des appareils conséquents faits par des historiens et des spécialistes du renseignement. On y découvrirait certainement des choses surprenantes !!!

CHARLES MOREAU

1 commentaire:

Michel Ardan a dit…

En effet, je me souviens de ces fascicules, remarquables sans doute, mais terriblement arides !...Je participai alors à un "Atelier Planète" dans "ma" ville à l'époque et je n'avais pas réussi à intéresser le reste de l'auditoire bcbg sur ce sujet !... Jacques Bergier n'avait donc réussi qu'à intéresser un gauchiste un peu iconoclaste dans mon genre !... Si nous avions pu établir une correspondance avec l'OLAS/OSPAAAL ( 5° Internationale du Tiers Monde) installée à Cuba, je pense que ce fascicule aurait intéressé les disciples de Franz Fanon !... Vraiment triste de découvrir les idées de Bergier, son Réalisme Fantastique , "s'éteindre" comme le Romantisme, l'Existencialisme ... Après tout , la Ligne Editoriale de l'Etrange a tenu près de 20 ans ( 1955-1975 ) et le mouvement Astronautique a connu ( et connaît encore ...) quelques ratés avant d'atteindre sa vitesse de croisière !...