mercredi 7 novembre 2012

MISES AU POINT CONCERNANT RENÉ BONNEFOY / B. R. BRUSS

J’ai reçu venant du HOOVER INSTITUTE domicilié à l’Université de STANFORD (CA), hier vendredi 24 avril 2009, un document demandé que je n’attendais plus. C’est la copie intégrale de la frappe dactylographique du document en 16 pages, daté du 3 juillet 1948, rédigé par René BONNEFOY et signé de sa propre main. La signature est identique à celle des dédicaces que je détiens sur certains de ses livres ; ajoutons qu’il signait tout le temps en soulignant son nom qu’il soit BONNEFOY ou BLONDEL (je n’ai jamais vu d’ANTICIPATION au FLEUVE NOIR qui soit dédicacé mais je suis prêt à parier que B.R. BRUSS devrait être aussi souligné) et que son écriture caractéristique est aisément reconnaissable. Ce document provenant des archives de la fille de Pierre LAVAL, Josée de MONTBRUN et de son mari, a été publié comme je l’ai dit chez PLON, en 1957, sous le titre La Vie de la France sous l’Occupation (1940-1944), tome 2, pages 927 à 937.
Moins de trois ans après la mort de Pierre LAVAL, René BONNEFOY en fuite (peut-être est-il à Paris comme il l’affirme lors de son procès mais peut-être s’est-il caché en Suisse ou encore dans la zone française d’occupation en Allemagne où l’on accueillait les fonctionnaires de Vichy à bras ouverts pour la réorganisation de l’Allemagne future face au péril bolchevique ou bien encore au Maroc ou en Tunisie) a éprouvé le besoin de témoigner de son travail en tant que Secrétaire Général à l’Information. Ce document lui servira de base pour établir sa défense devant le tribunal de la Haute Cour de justice au début de l’année 1954.
Il est un troisième document, publié en 1969 dans la Bibliothèque de Droit public, qui est très important et qui est rédigé par un éminent juriste, Docteur en Droit et homme de droite, qui n’est que le futur patron du PARISIEN LIBERE Philippe AMAURY. Il a pour objet Les Deux Expériences d’un «Ministère de l’Information» en France (874 pages bien tassées et près de 60 entrées concernant BONNEFOY René qui forment une véritable reconstitution détaillée de sa carrière et de ses objectifs). Cette étude minutieuse s’étend sur la période 1939-1944, dite de l’occupation et de la collaboration. Pour ceux qui ont encore des doutes et qui écrivent dans les blogs de la SF ou de la littérature populaire pour être plus précis, à l’abri de pseudonymes confortables au lieu d’aller y voir, nous leur signalons un superbe portrait de René BONNEFOY (page 258) en grand dignitaire de Vichy de 1942 à 1943, alors qu’il avait la haute main sur ce ministère essentiel aux allemands qui y croyaient dur comme fer. Pour ceux qui douteraient de son importance, René BONNEFOY ne faisait pas que dicter leur conduite aux journaux, il écrivait des articles en les signant ou pas, donnait aussi des interviews et participait à des conférences de presse où il se faisait interpeller par Charles MAURRAS qui devait le trouver trop mou. On en eut la preuve lorsque BONNEFOY fut dénoncé à son tour dans le Journal AU PILORI (n° 149 du 27-5-1943). Ce fait est mentionné dans son procès en 1954.

Dans le journal ACTU, n°59, daté du 20 juin 1943, journal que je détenais depuis longtemps parce qu’il contenait un roman de JEAN DE LA HIRE, un autre qui sauva sa tête à la Libération avec des complicités, BONNEFOY nous livre sur presque deux pages sa vision de l’ordre dans la Presse : « L’Information française ne dit pas tout, mais tout ce qu’elle dit est vrai », titre chapeau comme quoi on peut pêcher par omission dans des époques délicates, et l’article précise que René BONNEFOY dirige quotidiennement « Le Quatrième Pouvoir ». Trois photos le situent à différents moment de sa vie : dans la première, datant de 1943, il est à sa table de travail de haut fonctionnaire vichyssois, alors qu’il reçoit les reporters du journal. La seconde est tout à son honneur, elle le montre coiffé de la chéchia du 7e Tirailleur d’Infanterie, en 1918, alors qu’il vient d’être décoré de la médaille militaire pour ses faits de guerre. Enfin, la dernière le montre encore avec le Président Philippe PETAIN à qui il présente des journalistes à la même époque selon la légende de la photo. Cet entretien qui lui sera reproché lors de son procès est un inventaire détaillé de son action qu’on ne peut rayer d’un trait de plume ou par une boutade sur un extrait de naissance qu’on n’ira pas chercher parce qu’on a la flemme de le faire et qu’on préfère se fier aux écrits des autres.

Le reporter du journal ACTU, Jean ROBEYROL, donne une conclusion sans équivoque qui roule curieusement sur la lucidité de BONNEFOY. Je la cite en entier, pour ceux qui aiment couper les cheveux en quatre, avec son titre :
Prophéties de 1927 : « Se fiant aux nouvelles nous croyons que notre compatriote peut se fier au sens politique et national très sûr de l’homme qui dirige l’Information. René Bonnefoy est l’auteur de quelques livres assez voltairiens de tournure et d’esprit. L’un d’eux « Gilberte et l’autorité » va très loin sous une forme plaisante tantôt légère tantôt grave. Il fut écrit vers 1927 il y a seize ans, et, à le relire aujourd’hui son auteur apparaît comme un prophète… En effet, nous y lisons : « Il n’en restait pas moins que la France avait tout à craindre de l’avenir. La formidable montée des Anglo-saxons… les remous inquiétants de ce réservoir d’homme qu’est le peuple russe… le retour à la vie puissante de ce peuple à forte natalité qu’est l’Allemagne… et chez nous l’invasion sournoise et quotidienne… » Telle est la lucidité de René Bonnefoy, cet homme agréable, au maintien modeste, aux goûts effacés, ce clerc qui n’a pas trahi, dont chaque trait apparaît comme appartenant à cette tradition des grands commis de l’Etat, qui conduisirent notre pays avec le même sang-froid paisible, les jours de deuil et les jours d’allégresse.»
Enfin n’oublions pas que quelques uns de ses livres de la première époque, sont édités grâce la maison d’édition de Pierre LAVAL : il avait acquis une imprimerie avec le journal Le Moniteur du Puy de Dôme. On le voit son maître à penser devait avoir en tête de se constituer un empire de presse et s’il avait favorisé le technicien de l’information qu’était René BONNEFOY, ce n’était pas pour rien surtout quand les opportunités politiques se présentèrent.
Pour en venir à l’œuvre de BONNEFOY, publiée sous ses multiples pseudonymes en laissant de côté quelques romans alimentaires, il faut constater que malgré l’accros monstrueux du temps du à la fatale période politique à laquelle il sacrifia, elle jouit d’une plus grande unité qu’on ne pourrait le penser et que tout s’y additionne très bien.
Le style des romans de son début de carrière avant guerre est assez semblable bien que moins percutant que dans ceux de sa fin de carrière sous le pseudonyme de BLONDEL. Les Graffiti
(1975) signé BLONDEL, n’est qu’une transposition de son activité pendant son passage au Ministère de l’Information et à l’OFI. Voici ce qu’il dit dans l’interview publié par Richard D. NOLANE sur son site : «À un moment donné, dans une ville (cela se passe aussi dans un endroit indéfini), il (le héros de l’histoire Aldin) devient l'ordonnateur de graffiti. C'est une ville dont les murs sont couverts d'inscriptions de toutes sortes, et il a pour mission, avec un personnel nombreux, de lire tous les matins tous les graffiti, de relever ceux qui sont un peu subversifs, ceux qui sont intéressants, ceux qui apportent des lumières... Et il doit faire un rapport général remis aux autorités de la ville qui ira dormir dans les archives sans qu'on n'en tienne jamais compte. » Au demeurant, ce n’est pas le seul roman qui semble voguer sur les remords de l’inconscient : La Grande Parlerie (1973) en est un autre toujours signé BLONDEL et ce titre est très significatif. On peut ajouter un volet supplémentaire avec Les Fontaines Pétrifiantes (1978) qui cible Mai 1968. Voici ce qu’il en dit toujours dans l’interview citée plus haut : « Ce n'est peut-être pas mon livre le plus actuel mais c'est celui qui est le plus mêlé à la vie courante... Il touche à des événements qui se rapportent un peu à Mai 68. C'est la critique et même la satire des méthodes de ressassement dans les universités et dans la vie de tous les jours. Il m'est difficile d'en parler parce qu'il s'en va à droite et à gauche, avec toutefois une certaine continuité. » C’est lui qui le dit. Comme on le voit le trauma de son passage au Ministère de l’Information resta durable.
Enfin, concernant RENE BONNEFOY, un autre document plus considérable reste à analyser, celui provenant des Archives de la Haute Cour et relatif à ses procès devant cette instance d’exception. Rappelons que ces archives ne pouvaient être disponibles que 25 ans après le décès de l’intéressé donc en 2006 contrairement aux autres documents ci-dessus disponibles et que pouvaient utiliser tous les chroniqueurs de la SF et du roman populaire.
(A suivre...)

CHARLES MOREAU
Copyright 2009, Charles Moreau

1 commentaire:

Michel Ardan a dit…

Peut-être qu'une analyse des nombreux ouvrages de B.R. Bruss aurait-elle été la bienvenue ... pour compléter !...